Maxime LAISNEY (13)

Mesdames et messieurs les membres de la communauté chilienne de Meaux,

Mesdames et messieurs les élus et anciens élus,

Chers camarades,

 

Merci d’abord pour l’organisation de cette commémoration,

Merci de me donner la parole.

 

L’exemple de Salvador Allende, car Allende est un exemple, est d’avoir réussi une transition vers le socialisme dans le cadre de la démocratie. Il nous rappelle qu’une stratégie d’unité populaire, c’est-à-dire d’alliance des gauches sur un programme de rupture, est une des voies possibles vers la victoire du socialisme.

Malheureusement pour Allende, il a fait une chose impardonnable pour les puissants de ce monde : il a tenu ses promesses électorales.

En effet, sous son gouvernement, les mines de cuivres du pays seront nationalisées, une réforme agraire sera lancée permettant aux petits paysans de cultiver la terre sans se ruiner, il légalisera le divorce, sera partisan d’une politique étrangère non-alignée et indépendante, étendra la sécurité sociale, bloquera les prix des produits de première nécessité, augmentera les salaires, et imposera des nouveaux impôts sur les bénéfices des grandes fortunes.

Autant d’avancées sociales qui ont courroucé l’extrême droite chilienne qui, avec l’aide des Etats-Unis, a orchestré derrière Pinochet un coup d’Etat sanglant le 11 septembre 1973. Coup d’Etat que se soldera par la mort de Salvador Allende, alors que le palais de la Moneda était bombardé par l’armée.

Dès son arrivée au pouvoir, Pinochet dissout le parlement, suspend les partis politiques, interdit le marxisme, et se proclame chef suprême de la nation.

Au Chili comme en France, nous faisons toujours face, avec l’aide d’une partie toujours plus grande des médias, celle accaparée par les milliardaires, à une forme d’amnésie collective concernant les dangers de l’extrême droite.

Il faut rappeler que durant le règne de Pinochet, plus de 3 000 personnes ont été assassinées par la police politique, 38 000 personnes ont été torturées, et des dizaines de milliers de personnes détenues à un moment ou un autre sur ordre de la DINA, la police politique du pays.

C’est pourquoi commémorer Allende, c’est également commémorer les victimes de la dictature de Pinochet. C’est aussi commémorer les familles des victimes, dont le travail de mémoire est primordial si l’on veut se rappeler de quoi l’extrême droite et le fascisme sont le nom. Et c’est aussi rappeler que l’extrême droite est un danger mortel, pour tous les militants des droits humains que nous sommes.

Le 11 septembre 1973 nous a rappelé que nombreux sont les puissants qui pensent « plutôt Hitler que le Front Populaire ». Alors, ils peuvent se dire « raisonnables », « pragmatiques », voire « de bon sens », mais les profiteurs de crise ont été trop nombreux dans l’Histoire à choisir la barbarie plutôt que le partage des richesses, trop nombreux pour que nous soyons une nouvelle fois naïfs. Lorsque le temps viendra d’appliquer concrètement notre politique d’harmonie entre les êtres humains et avec la nature, restons sur nos gardes, car la cupidité a trop souvent enfanté des monstres, et l’histoire de Salvador Allende nous le rappelle de manière tragique.

Il aura inspiré, après la visite de Mitterrand au Chili, la formation du programme commun en France. C’est aussi cette volonté d’union populaire par la base, avec toutes les forces prêtes à mener la lutte pour les plus démunis, qui nous anime aujourd’hui encore. D’une certaine manière, son histoire est donc la nôtre.

De sa vie, de son action et de sa mort, il y aurait bien d’autres leçons à tirer. Mais puisqu’il me faut finir ce discours, je citerai les dernières paroles de celui qui a été l’espoir du Chili, paroles prononcées alors que les dernières stations radios du pays étaient bombardées par Pinochet : 

 « Ils ont la force, ils pourront nous asservir mais nul ne retient les avancées sociales avec le crime et la force. L’Histoire est à nous, c’est le peuple qui la construit. »

Vive Salvador Allende, et surtout, vive le peuple chilien. 

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